Claire et Ortolana arrivent fatiguées, avec des parents et des bagages, à la porte médiévale de Pérouse
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Livre VII · Claire d’Assise · Chapitre 06

Les années d’exil à Pérouse

Encore enfant, Claire quitta Assise avec sa famille. L’exil à Pérouse lui apprit que maison, position et sécurité pouvaient disparaître.

Une enfant apprend tôt le chemin entre le lit et la porte. Elle sait où la lumière entre, quelle marche grince et de quelle fenêtre on voit la vallée. Puis, un matin, les adultes disent qu’il faut partir.

C’est probablement ainsi, sans la clarté que possèdent les livres, que Claire quitta Assise. La révolte communale avait frappé les familles nobles. Les Offreduccio cherchèrent une protection à Pérouse, ville puissante et rivale. Claire passa une partie de son enfance ou de son adolescence loin de la maison où elle était née.

Pourquoi Pérouse

Pérouse se trouvait à une distance que l’on pouvait parcourir en une journée de voyage, mais appartenait à un autre camp politique. Les nobles exilés d’Assise pouvaient y trouver des parents, des alliés et de la sécurité. Ce n’étaient pas des réfugiés sans ressources. Un réseau aristocratique offrait un abri. Néanmoins, quitter sa propre ville signifiait dépendre de l’hospitalité d’autrui et attendre des changements que personne ne maîtrisait.

Les sources ne disent pas où Claire habita. Les historiens proposent des liens familiaux et des milieux nobles. Il est probable que la vie ait conservé domestiques, prières, apprentissage domestique et préparation au mariage. Il serait faux d’imaginer une misère absolue. Il serait également faux d’appeler cela un voyage confortable.

L’exil change la position d’une personne. À Assise, le nom ouvrait des portes. À Pérouse, la famille était accueillie et faisait partie d’un problème politique venu de l’extérieur.

La ville de l’autre côté

En 1202, Assise entra en guerre contre Pérouse. La bataille de Collestrada se termina par la défaite des Assisiens et la capture de combattants, dont François. Tandis qu’il faisait l’expérience de la prison, Claire pouvait se trouver à l’intérieur des remparts de la ville victorieuse.

« Pouvait » est un mot important. Nous ne possédons aucun document la plaçant devant les prisonniers ni aucune raison de supposer qu’elle connaissait le nom du fils de Pietro Bernardone. Toute rencontre serait une invention. La proximité historique révèle pourtant la complexité de ce monde : deux vies qui convergeraient plus tard étaient alors séparées par la classe, la ville et la guerre.

Pour Claire, la victoire de Pérouse ne signifiait pas simplement une victoire. Sa ville natale avait perdu ; les alliés de sa famille avaient gagné. Les exilés vivent ce genre de division. La sécurité et la nostalgie peuvent pointer dans des directions opposées.

Ce qu’une petite fille apprend sans le choisir

Nous ne savons pas quel âge exact avait Claire au moment du départ, puisque même son année de naissance varie entre 1193 et 1194. Elle était assez jeune pour être formée par le déplacement. Elle apprit que les remparts ne garantissent pas la permanence et qu’une famille puissante peut avoir besoin de fuir.

Une telle expérience n’explique pas à elle seule sa vocation. Beaucoup d’enfants traversèrent des conflits sans fonder de communautés religieuses. Mais l’exil pouvait rendre certaines questions concrètes : que reste-t-il lorsqu’une maison est perdue ? Qui sommes-nous lorsque les titres ne contrôlent plus la journée ? À quoi sert d’accumuler si un conflit oblige à tout laisser ?

Ces questions sont nos formulations. Claire ne les écrivit pas à cette époque. Plus tard, pourtant, elle choisirait une vie sans propriété et appellerait le Christ le miroir où l’on voit la pauvreté, l’humilité et l’amour. L’expérience ne prouve pas le choix, mais lui offre son sol humain.

Des femmes en mouvement

Nous imaginons souvent les femmes médiévales toujours immobiles. Ortolana, la mère de Claire, fit des pèlerinages à Rome, au Gargano et en Terre sainte. L’exil emmena ses filles hors d’Assise. Bona de Guelfuccio accompagnerait Claire lors de rencontres discrètes. La vie féminine avait de fortes limites, mais elle n’était pas figée.

Les voyages dépendaient de la protection et de la position sociale. Une jeune fille noble ne marchait pas librement et seule à travers l’Italie. Elle se déplaçait au sein d’une maison élargie : parents, serviteurs, animaux, bagages, alliances. Sa mobilité était à la fois réelle et surveillée.

Dans l’image de ce chapitre, Ortolana pose la main sur l’épaule de Claire. Nous ne savons pas si ce geste eut lieu. Il représente une fonction probable : en territoire étranger, les femmes de la famille aidaient à maintenir continuité, prière, nourriture, vêtements et mémoire.

Une éducation hors de la maison

Il n’existe pas de programme scolaire de Claire. La Légende la décrit pieuse depuis l’enfance, généreuse envers les pauvres et portée à la prière. Les hagiographies montrent souvent la sainteté adulte déjà présente dans l’enfance ; c’est pourquoi elles doivent être lues avec respect et attention littéraire.

Une jeune fille de sa classe pouvait apprendre des prières, des psaumes, des tâches d’administration domestique, la couture et les comportements attendus d’une future épouse noble. Le degré de maîtrise du latin de Claire est discuté. Ses écrits ultérieurs révèlent une culture biblique et théologique, mais furent produits dans un milieu communautaire, avec la liturgie, des prédicateurs et d’éventuels auxiliaires de rédaction.

Pérouse pouvait aussi élargir son monde. Dans une ville plus grande, elle entendrait d’autres accents, d’autres nouvelles et d’autres dévotions. Là encore, nous ne possédons pas de scène documentée. Nous pouvons affirmer que la formation médiévale passait par la vie partagée, et pas seulement par les livres.

Le retour n’efface pas le départ

Des pactes entre les groupes d’Assise permirent progressivement le retour des exilés. La famille revint probablement dans les premières années du XIIIe siècle. La maison pouvait être réparée ; l’expérience ne le pouvait pas.

Revenir ne signifie pas retrouver exactement ce qui existait. Les relations politiques avaient changé. La commune avait gagné en force. Les nobles devaient négocier leur place. Claire revint plus âgée, approchant de l’âge où le mariage et l’héritage deviendraient des décisions urgentes.

La tradition raconte qu’elle refusa des propositions de mariage. Le Procès contient des dépositions sur sa volonté de demeurer vierge et de servir Dieu. Nous ne savons ni combien de propositions il y eut ni toutes les conversations familiales. Nous savons que la direction de sa vie commença à entrer en conflit avec l’avenir attendu.

L’exil et la pauvreté ne sont pas la même chose

Il est important de ne pas confondre une souffrance imposée avec une pauvreté choisie. Dans l’exil, la famille voulait retrouver sécurité et patrimoine. À Saint-Damien, Claire défendrait volontairement le renoncement à la propriété communautaire. Une expérience n’est pas la copie de l’autre.

Nous ne devons pas non plus idéaliser la perte. Celui qui est chassé de chez lui n’a pas à remercier pour la leçon. Le déplacement peut laisser des peurs et des blessures. La grandeur de Claire ne serait pas de trouver beau de perdre, mais de transformer la perception de la fragilité en une liberté qui ne dépende pas de la possession.

Lorsqu’elle demanda au pape le Privilège de pauvreté, elle ne jouait pas à la vulnérabilité. Elle savait que la sécurité matérielle était précieuse. C’est précisément pourquoi son insistance fut radicale et exigea des réseaux concrets de soutien.

Ce que le silence enseigne à l’historien

Les sources clariennes furent écrites pour se souvenir d’une sainte, confirmer des vertus et guider une communauté. Elles ne furent pas produites pour répondre à toutes les questions d’une biographie moderne. L’exil y apparaît davantage comme un contexte que comme une histoire racontée en détail.

C’est pourquoi ce chapitre garde cinq strates visibles. Le document politique montre le conflit. La recherche universitaire reconstitue le déplacement. L’hagiographie présente la jeunesse sainte. Le témoignage parle de la conduite dont on se souvient des décennies plus tard. L’art et le récit donnent corps au probable, en annonçant leurs limites.

Cette discipline ne refroidit pas l’histoire. Au contraire : elle nous empêche de remplacer Claire par un personnage créé pour satisfaire notre désir de scènes parfaites.

Apprendre à habiter autrement

Des années plus tard, Claire quitterait Assise de nouveau, cette fois de sa propre décision. Elle passerait par Saint-Paul-des-Abbesses et Sant’Angelo di Panzo avant d’arriver à Saint-Damien. L’exil de l’enfance avait été une fuite avec la famille ; le départ adulte serait une rupture avec les attentes de la famille.

Dans les deux cas, il y avait une porte, une route et une maison incertaine. Mais le second voyage possédait une direction intérieure qui lui appartenait.

Peut-être l’exil lui avait-il appris qu’une maison peut être perdue. Saint-Damien lui apprendrait qu’une maison peut aussi être créée. Non avec des tours pour protéger un nom, mais avec une règle, une table pauvre et des femmes qui s’appelaient sœurs.

Pérouse ne fut pas un simple intervalle avant la « vraie » vie. Ce fut l’un des lieux qui firent connaître à Claire l’instabilité du monde. Lorsqu’elle revint à Assise, la ville était le même versant. La jeune fille qui la regardait n’était plus la même enfant.

Des cartes incomplètes

Sources de ce chapitre

  1. Sources clariennesSources anciennes. Permettent de vérifier ce que le Procès et la Légende disent — et ne disent pas — de la jeunesse.
  2. Procès de canonisationTémoignage. Conserve les souvenirs de parentes et de compagnes, recueillis en 1253.
  3. Basilique Sainte-Claire — profil historiqueSynthèse locale. Présente avec prudence la chronologie familiale, l’exil et le retour.
  4. Guide de sainte ClaireCorpus documentaire. Réunit des traductions et une bibliographie pour comparer les traditions.
  5. Lettre pour l’Année clarienneRéception officielle. Résume le contexte de l’exil à Pérouse et de la jeunesse de Claire.
  6. Le Guide Cambridge de François d’AssiseContexte universitaire. Situe la guerre, les communes et la génération de François et de Claire.
  7. Le recrutement social des ClarissesHistoire sociale. Examine les réseaux aristocratiques des premières sœurs.

Degré de certitude : l’exil est étayé historiquement ; la maison, l’itinéraire, les gestes maternels et les pensées sont des reconstitutions déclarées.