Une porte ouverte à Dieu
Imaginez une petite chapelle de pierre lorsque la nuit a recouvert les champs d’Assise. Il n’y a qu’une faible flamme, le silence et un homme vêtu d’un habit rapiécé. François regarde Marie et contemple une personne qui a laissé Dieu entrer entièrement dans sa vie.
C’est pourquoi la prière de cette page commence si souvent par le mot « Salut ». Ce n’est pas une longue explication, mais une suite de salutations, comme lorsque l’on rencontre une personne très aimée et que l’on découvre qu’un seul nom ne suffit pas. François appelle Marie Dame, Reine, Mère, Vierge, palais, tente, maison, vêtement et servante. Chaque mot ouvre une fenêtre différente.
« Reine » évoque peut-être des couronnes et des salons. Mais la reine que voit François est une jeune fille de Nazareth qui a écouté, interrogé et répondu : « Que tout m’advienne selon ta parole. » Sa grandeur ne vient pas du pouvoir de commander, mais de la liberté d’accueillir. Elle est reine parce que Dieu a fait pour elle des merveilles et qu’elle a tout remis à son amour.
François l’appelle aussi « Vierge faite Église ». L’image est étonnante : avant toute cathédrale chrétienne, Marie était déjà devenue le lieu de rencontre entre Dieu et l’humanité. Elle a reçu Jésus dans son propre corps et l’a offert au monde. En elle, l’Église apparaît non comme un bâtiment, mais comme quelqu’un qui écoute la Parole, garde le Christ et le porte aux autres.
Origine et auteur
Une prière véritablement liée à François
La Salutation à la Bienheureuse Vierge Marie appartient aux écrits reconnus comme authentiques de François d'Assise. Nous ne connaissons ni le jour ni le lieu exacts de sa composition. Le texte a été conservé dans d'anciens recueils manuscrits de ses écrits et sa tradition textuelle est très proche de la Salutation aux vertus.
Nous ne sommes donc pas devant une prière moderne à laquelle on aurait donné le nom du saint des siècles plus tard. Ce sont des paroles que la tradition manuscrite franciscaine attribue à François lui-même. La version ci-dessous est une traduction pastorale propre au portail, réalisée à partir du texte latin et confrontée aux éditions franciscaines. Elle conserve les images et le sens de l'original dans un français clair pour celui qui prie aujourd'hui.
Texte de la prière
Salutation à la Bienheureuse Vierge Marie
Salut, sainte Dame,
très sainte Reine,
Marie, sainte Mère de Dieu,
Vierge faite Église,
choisie par le très saint Père du ciel
et consacrée par lui
avec son très saint Fils bien-aimé
et l'Esprit Saint Consolateur.
En toi fut et demeure
toute plénitude de grâce
et tout bien.
Salut, palais de Dieu !
Salut, sa tente !
Salut, sa maison !
Salut, son vêtement !
Salut, sa servante !
Salut, sa Mère !
Et salut à vous toutes, saintes vertus,
répandues dans le cœur des fidèles
par la grâce et la lumière de l'Esprit Saint,
afin que, d'infidèles qu'ils sont,
il les rende fidèles à Dieu.
Amen.
Traduction pastorale propre au portail à partir du texte latin traditionnellement intitulé Salutatio Beatae Mariae Virginis.
Ce que François voyait en Marie
Palais, tente et maison ne sont pas trois compliments lancés au hasard. Un palais est la demeure d’un roi. Une tente rappelle la présence de Dieu marchant avec son peuple au désert. Une maison est le lieu de l’abri et de l’intimité. François rassemble ces images pour dire que Marie a réellement accueilli le Fils de Dieu, avec son corps, sa foi et toute sa vie.
Puis il l’appelle vêtement. Un vêtement rend quelqu’un visible dans le monde. Marie a donné au Fils éternel la chair de notre humanité : des mains pour toucher, des yeux pour pleurer, des pieds pour marcher. Elle a accueilli le mystère par lequel le Fils de Dieu s’est fait véritablement homme.
Vient ensuite le mot le plus humble : servante. François ne sépare pas grandeur et service. Marie est Mère du Seigneur et demeure la servante qui s’offre. Pour le cœur franciscain, être important ne signifie pas occuper la place la plus élevée ; c’est ouvrir un espace pour que Dieu aime le monde à travers nous.
La prière se termine en saluant les vertus que l’Esprit répand dans les cœurs. François ne regarde donc pas Marie comme une personne lointaine, enfermée dans un cadre doré. Il la contemple comme le signe de ce que la grâce peut accomplir dans une personne disponible. La foi n’est pas produite par notre force. Elle est un don reçu, gardé et transformé en réponse.
Comment prier
Priez comme si vous visitiez une maison éclairée
- Faites silence pendant une minute. Imaginez la petite maison de Nazareth. Ne cherchez pas à en voir tous les détails ; rappelez-vous seulement que Dieu a choisi d'entrer dans le monde par la simplicité.
- Lisez chaque « Salut » sans hâte. Après chaque titre — palais, tente, maison, vêtement, servante, Mère — arrêtez-vous et demandez : « Que me montre ce mot au sujet de Jésus ? »
- Choisissez un mot à garder. Aujourd'hui, peut-être devez-vous être une maison pour celui qui se sent seul, un vêtement pour protéger celui qui a honte ou un serviteur capable d'aider sans se montrer.
- Terminez par votre propre oui. Dites à Dieu, avec des mots simples, quel petit espace de votre vie vous désirez lui ouvrir.
Cette salutation ne remplace pas le Je vous salue Marie et n'a pas à rivaliser avec une autre dévotion. Elle peut être priée avant d'étudier, en entrant dans une église, lors d'une fête mariale ou chaque fois que vous souhaitez apprendre de Marie à accueillir le Christ.
Méditation
Dieu ne cherche pas une maison parfaite
Nous pensons parfois que Dieu ne s'approche qu'une fois tout mis en ordre : lorsque nous n'avons plus peur, plus de doute et que nous savons déjà être bons. Marie montre autre chose. Elle a posé une question à l'ange, reçu une immense mission et marché sans posséder toutes les réponses.
Dieu ne cherche pas en vous un palais bâti par la vanité. Il cherche une porte ouverte. Votre cœur ressemble peut-être à une petite maison, avec des fissures et peu de meubles. Il peut néanmoins devenir un lieu d'écoute, de bonté et de présence.
Aujourd'hui, ne cherchez pas à imiter la beauté de Marie par une action immense. Imitez sa disponibilité. Écoutez avant de répondre. Protégez une personne vulnérable. Portez Jésus à quelqu'un par une parole douce. Une maison devient sainte non parce que ses murs brillent, mais parce que l'amour y trouve une place.
Pour aller plus loin
Sources de cette page
- Prières de saint François — Ordre des Frères mineursLa Curie générale OFM inclut la Salutation à la Bienheureuse Vierge Marie parmi les prières de François.
- A Salutation of the Blessed Virgin Mary — Francis of Assisi: Early DocumentsÉdition franciscaine moderne du texte, avec introduction et notes sur sa tradition.
- The Writings of Saint Francis of Assisi — édition de 1905, CapDoxÉdition historique du domaine public décrivant les manuscrits utilisés et proposant une traduction intégrale.
- Saint François d'Assise — audience générale de Benoît XVILe pape rappelle l'amour de François pour Marie et cite l'une de ses prières mariales authentiques.
- Lettre pour la réouverture de la Portioncule — saint Jean-Paul IIL'image franciscaine de la « Vierge faite Église » et les titres de tente, maison, vêtement, servante et Mère.
La date et le cadre exacts de la composition sont inconnus ; la scène nocturne de cette page est donc contemplative et non une reconstitution documentaire.

